Blind Challenge

Alpinisme - La confiance en soi à 4.153 m

Author: Administrateur
Date: Wed Nov 05, 2008 5:11 pm
Post subject: La confiance en soi à 4.153 m
La confiance en soi à 4.153 m

Jeune aveugle spadois, Mahsum est allé la conquérir au sommet du Bishorn



« Autonomie - Intégration – Sécurité » : début juillet dernier, dans l’esprit des trois mots clés qui régissent ses activités, l’association liègeoise Blind Challenge organisait une mini-expédition en Suisse à l’intention de Laurent « Lolo » Victoor (31ans), un seraisien mal voyant, et Mahsum Kimaz ,jeune spadois aveugle de 17 ans qui s‘étaient lancés le défi de vaincre un « plus de 4.000 » dans les Alpes.

Permettre à des aveugles d’évoluer en haute montagne reste une opération périlleuse, d’où la présence de 6 accompagnateurs.
L’équipe a donc planté son camp dans le val d’Anniviers (Valais), à Zinal (1.600 m), au pied de l’objectif, le Bishorn, qui culmine à 4.153 mètres.


Parfois jugée « facile » et qualifiée un peu légèrement de « 4.000 des Dames », la voie du flanc Nord-Ouest du Bishorn est cependant décrite sur le site de SKITOUR comme « un itinéraire en milieu glacé et haute altitude avec une pente assez raide et très exposée; si quelqu’un tombe, il fait le grand saut. » Mais aussi que « le glacier n’est pas très crevassé, mais très dangereux sans visibilité. »

Voilà qui situe bien les lieux et la taille du défi qu’ont relevé Lolo et Mahsum.


Dans les pas de Mahsum


Lolo ayant déjà gravi le plus haut sommet du Maroc en 2007, le Toubkal (4157 m), nous nous sommes glissés dans les pas du néophyte spadois.

C’est une maladie, qui dès l’âge de six ans, a privé peu à peu Mahsum de la vue. A 16 ans, il était aveugle. Comme on dit, le jeune gars a « encaissé », se mettant sérieusement au braille afin de poursuivre ses études.

Il fréquente aujourd’hui l‘Institut Saint-Joseph de Trois-Ponts où, en 5e rénovée, il suit des cours d‘éducateur. Son souhait : devenir éducateur de rue.

Et voilà donc Mahsum en pleine découverte de la haute montagne, mais aussi du camping, et dans des conditions climatiques épouvantables ! « Les tentes étaient détrempées, le vent soufflait avec violence ! Il y avait aussi le bruit du torrent, les cloches des vaches. Tout m’impressionnait !» Mahsum n’est pas au bout de ses découvertes !

Les premiers jours sont consacrés à l’acclimatation au milieu par des marches jusqu’à la cabane du Petit Montet, à 2.200 mètres. Mashum confie : « Lors d’une marche, j’ai eu très peur de devoir renoncer car j’avais été pris de violents maux de tête ! Ils ont heureusement vite disparu. C’était peut-être le stress des premiers pas en altitude car le phénomène ne s’est plus reproduit par la suite.»

Marches d’acclimatation, mais aussi initiation à la technique des crampons, car on ne vainc pas le Bishorn sans traverser un grand glacier !

Apprentissage enfin de la progression avec son guide, Jean-Marie Gresse, cameraman de haute montagne. Lolo, lui, faisait tandem avec Alain Struman, organisateur du projet et par ailleurs administrateur de Blind Challenge.

Mahsum explique : « Il s’agit pour le mal-voyant de suivre le guide en posant une main sur son sac à dos, afin de sentir tous les mouvements du corps et de les reproduire. Cela se dit en trois mots, le faire est moins évident car le terrain est glissant, les pierres roulent… Il faut apprendre à poser le pied, à «sentir» le terrain, pour être bien stable avant de faire le pas. C’est un peu angoissant, mais en même temps libérateur ! »

Pour assurer une sécurité optimale, Blind Challenge exige que chaque tandem soit suivi par un second guide qui, pour Mahsum, était Olivier Kerstenne, effectuant là sa première assistance en haute montagne.


Les trois derniers pas


Alors que l’entraînement s’était déroulé dans la bourrasque, la montagne avait sorti le grand beau pour le départ vers le sommet, le mercredi 9 juillet.

Le premier jour amena les alpinistes au refuge de la cabane du Tracuit, à 3.256 mètres, où l’arrivée de Lolo et Mahsum fut saluée par les applaudissements de tous les alpinistes.

Tôt le matin, la petite expédition s’attaquait à la dernière dénivellation de près de 1.000 mètres, et au glacier dont le pied se trouve non loin du refuge.

« Nous étions encordés, j’avais une confiance totale dans mes guides. J’ai entamé l’ascension avec la seule crainte de ne pas arriver au sommet car je ne suis pas très sportif ! »

Mahsum ajoute : « Oui, cela été dur ! Plus dur que je l‘imaginais. J’ai eu des problèmes de souffle et de telles douleurs musculaires dans les jambes que j’ai cru que j’allais abandonner ! »

Mais le gaillard a serré les dents, il ne voulait pas décevoir ceux qui lui avaient fait confiance.
Pas après pas, le jeune gars a découvert qu’un cerveau bien musclé peut pallier le manque d’entraînement physique !

Un moral d’acier, mais aussi la force de l’équipe : « J‘étais entouré de grands spécialistes de la montagne, mais aussi de fins psychologues. J’en rigole aujourd’hui, mais ils m’ont en fait encouragé comme un petit enfant ! Jean-Marie m’a bluffé, mais il m’a galvanisé, il m’a boosté vers le sommet ! »

A force d’entendre «qu’il arrivait, qu’il y était presque», Mahsum a répété de nombreuses fois « les trois derniers pas » promis…

« Et j’ai finalement atteint l’objectif ! Ma première pensée a été pour Philippe-Renaud Dumonceau, lui-même aveugle et alpiniste, qui, grâce à son association, m’avait permis de relever ce défi ! »

« Au sommet, il faisait bon, rien qu’un petit vent, on m’a décrit le paysage avec le majestueux Weisshorn juste en face. J’ai ressenti une formidable sensation de liberté et de fierté. Mais il m’a fallu au moins une dizaine de minutes pour réaliser que j’étais bien là, à 4.153 m d‘altitude, où bien des voyants n‘ont jamais mis le pied ! »

Quelques semaines après son exploit, Mahsum savoure son bonheur : « Je sais maintenant que je suis allé chercher à 4.153 mètres la confiance en moi qui me manquait fortement. »

C’était le mercredi 10 juillet 2008, 10 heures du mat’.



Rob,
pour Blind Challenge
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